Amsterdam, ville écologiquement responsable, de la ZAD aux vêtements.
*Mokum: du Yiddish, « lieu sûr ». Conseil: évoquez ce surnom pour vous attirer les faveurs des Amstellodamois lors d'une visite de la Venise du Nord.
La nature a sa place dans la capitale néerlandaise. En témoignent ses vélos, ses bois avoisinants, ses vastes étendues de parcs, et son récent décret d’état d’urgence écologique. Difficile de souffrir « d’amnésie environnementale » dans un tel contexte.
Le temps, un mélange de ténacité et d’adaptation stratégique ont stabilisé la relation entre les forces naturelles et les habitants de ce territoire pouvant aller jusqu’à – 14m sous la mer.
- Côté sécurité, le pays devant littéralement apprendre à cohabiter avec les éléments, une barrière anti-inondations de 9km de long a été érigée le long de ses côtes. Ce projet vit le jour dans le cadre du Plan Delta, en réponse à l’inondation catastrophique de 1953, une parmi une suite d’évènements similaires.
- Côté pratique, comme dans le Waterbuurt – Quartier de l’Eau – d’Amsterdam, ou dans la Province du Flevoland, de plus en plus d’îles artificielles habitables ont continué à se développer, entre autres innovations technologiques.
L’urbanisme conscient fait partie intégrante de la vie quotidienne des habitants d’Amsterdam, où divers appels d’offre ont donné lieu à nombre d’initiatives inspirantes. L’entreprise spécialisée dans les projets d’Économie Circulaire Metabolic a par exemple participé au plan d’installation de « maisons flottantes » dans le nouveau quartier de Schoonschip – navire propre. Amsterdam abrite beaucoup d’associations de forces comme ce qu’ont ici entrepris un cabinet d’architecture et les services de la Ville, ce qui en fait manifestement une ville verte dans l’âme.
Dans le Port d'Amsterdam, y'a des Zones à Découvrir et à Diffuser
Un plan de réaménagement de territoire similaire a été mené à De Ceuvel, ce hub de rêve que vos amis expatriés en Hollande du Nord vous ont peut-être déjà décrit (oui, la Hollande est un ensemble de provinces, pas un pays). Dans cet espace en bord d’eau, il faut se hasarder à un tour sur les pilotis pour découvrir les entreprises du quartier d’affaires qui se veut vert. Certains des locataires y sont logés dans des bateaux bénéficiant d’une seconde vie sur la terre ferme.
Architectes et spécialistes en urbanisme et en développement durable ont investi le terrain d’un ancien chantier naval, en accord avec la Municipalité d’Amsterdam. Ce lieu dans lequel on tente de répondre au mieux aux enjeux climatiques et technologiques contemporains est devenu un centre de recherche citoyenne autour des énergies alternatives propres. Et pas d’excuses pour ne pas le découvrir, puisque De Ceuvel accueille encore un bar pour 3 ans !
L’idéation [*1] et l’expérimentation sont les principaux modes de fonctionnement de certains projets de coin caché au nord d’Amsterdam. Voyez en dessous la ferme aquaponique qui surplombe des bureaux et fonctionne pratiquement en cycle fermé.
Autre exemple : le restaurant Dutch Weed Burger, siégeant sur ce même terrain. Sa spécialité ? Les plats à base de plante, du pain à la sauce. Les gérants de l’entreprise semblent empreints de bonne volonté puisqu’ils admettent d’eux-mêmes ne pas encore avoir un processus entièrement naturel, et expliquent leurs limites. Cet aveu sonne comme un encouragement subtil à la collaboration. Un message que fournisseurs et distributeurs pourraient voir comme un appel au renouveau de leurs propres méthodes.
De Ceuvel, c’est le berceau d’une sorte de collectif, ou plus exactement un « terrain d’expérimentation pour la technologie propre » (Cleantech playground), comme le définit un salarié de Metabolic dans la vidéo ci-contre. Tout sert sur cet ancien terrain industriel désaffecté du quartier de Buiksloterham. De la végétation choisie pour ses propriétés assainissantes, aux déchets ré-utilisés pour en tirer de l’énergie. Nombre de conférences, d’ateliers et d’évènements y prennent place, invitant tous les visiteurs à rejoindre les initiateurs du projet dans leur réflexion autour d’un mode de vie plus propre et durable.
Le village de Ruigoord, bijou du pays
L’art et le partage se sont emparés il y a 46 ans des bâtiments abandonnés du quartier de Ruigoord, le Culturele Vrijhaven (Port Culturel Indépendant) accueillant festivals, ateliers et vide-greniers. Ses résidents se sont battus pour protéger la zone en mettant en avant l’argument environnemental, avant d’arriver à un accord pour la préserver. Ce sauvetage est un beau geste envers le Afrikahaven (port d’Afrique) de Ruigoord, qui était initialement destiné à servir les échanges de l’industrie pétro-chimique vers l’Afrique.
À la place, tous ceux qui désirent se retirer du tumulte de la ville et participer à des projets de création collaboratifs sont aujourd’hui appelés à rejoindre cette « colonie d’artistes ».
Au-delà de solutions innovantes, ces tests urbains peuvent apporter de l’inspiration à leurs visiteurs. Ces communautés l’ont donc bien compris : le temps de l’état d’alerte est déjà passé. L’heure est ici à la collaboration entre collectivités civile et administrative, une atmosphère qui permet d’imaginer un nouveau sort pour des zones débattues comme celle de Notre-Dame des Landes. L’auteur Alain Damasio estime même que l’on pourrait désigner ces terres objet de lutte de « Zone À Désirer » dans un entretien Thinkerview.
Des gilets verts inverseront peut-être la tendance en France dans les années à venir, cela-dit.
Fashion For Good, promoteur de la « bonne » mode
Les prémices d’une prise de conscience éthique semblent effleurer l’industrie de la mode, et le premier musée mondial dédié à la mode circulaire vient renforcer cette tendance.
Le musée gratuit Fashion For Good Experience promeut la mode de demain, à l’initiative de la plateforme du même nom (FFG). Professionnels du secteur et consommateurs sont invités à découvrir et à adopter des moyens d’atteindre un « bon »modèle de mode durable. Des partenariats notables permettent de donner la parole à des experts à chaque ouverture d’exposition. Chacune est liée à l’un des cinq engagements plutôt logiques que la plateforme propose aux acteurs économiques :
Professionnels : bonifiez l'usure
FFG met en avant les indispensables d’une « bonne » chaîne de production pour l’industrie textile
Bons Matériaux – sains et conçus pour être ré-utilisés ou recyclés
Bonne Économie – croissante, circulaire, partagée et bénéficiant à tous
Bonne Énergie – renouvelable et propre
Bonne Eau – potable et à la disposition de tous
Bonnes Vies – des conditions de vie et professionnelles dignes et sûres
La bienveillance et l’équité dominent cette mentalité, même si nous y retrouvons la question de la croissance. Une notion hautement contestée aujourd’hui, au vu des objectifs de décarbonation [*2] et des limites de notre planète. C’est de toute façon en accompagnant les professionnels dans cette transition verte que des alternatives aux exigences de rentabilité feront surface.
Consommateurs : aidez la mode à changer
Des alternatives aux matériaux et modes de production actuels sont présentés à la Fashion For Good Experience, où le visiteur est sensibilisé aux manières de participer à la transition du monde de la mode.
Prenez votre besoin en considération
Faîtes de votre achat un choix
Utilisez ce que vous possédez déjà
Ré-utilisez autrement ce dont vous ne voulez plus
Incitez vos marques préférées et votre entourage à faire de même
La plateforme et son musée sont là pour rappeler au « consommateur-citoyen » le pouvoir de décision qu’il a entre ses mains. Le pouvoir d’acheter par désir et de manière raisonnable plus que par tentation. Sans évoquer le gaspillage auquel ledit consommateur est amené à participer, souvent sans le savoir.
Dans la logique de son aspiration à une mode gaspillant le moins possible, le musée a par exemple organisé un évènement d’échange de vêtements gratuit. En soutien aux initiatives de mode circulaire et en collaboration avec l’association Coll’Action, il a aussi mené une campagne suggérant de ne pas acheter de vêtements neufs pendant trois mois. Et dans cet esprit, des marques comme le service de location de vêtements Prêt-À-Fred veulent offrir de nouvelles options aux consommateurs.
Manger autrement avec le Collectif Taste Before You Waste et de Pepper
Les français ont déjà pris conscience de l’absurdité du gaspillage alimentaire en divers endroits, s’inspirant de Berlin. En témoigne l’installation progressive de réfrigérateurs en libre-service où chacun peut déposer ses restes. Et avec l’application Too Good To Go, la française Lucie Basch amène les commerçants à faire de même, de la France aux Pays-Bas. Existent aussi chez nos proches voisins des solutions telles que la Fondation Taste Before You Waste et l’organisation de Pepper, toutes deux initialement à but non lucratif. Elles ont en commun de proposer la redistribution de nourriture non consommée, et de rassembler une communauté de salariés, de bénévoles, de commerçants mais surtout de consommateurs. Entre les Wasteless Monday et Dinner (Lundis et Dîners sans gaspillage) de la Fondation et les dîners souvent suivis de concerts qu’organise de Pepper, les participants prennent conscience de leur impact environnemental. Aussi, des volontaires apprennent ou mettent à profit leurs capacités à improviser grâce à ces entités.
Si l’on ajoute à tout cela la naissance d’entreprises proposant aux touristes de nettoyer les canaux de leurs déchets lors de leur visite à Amsterdam, l’application Green Ticket proposant de réduire son empreinte écologique en voyageant, ou encore les fermes de lombrics comme solutions de compost, on n’en finira jamais de faire l’éloge de Mokum la Verte.
[*1] - Processus de formation des idées. [*2] - De « décarboner », « Limiter ou réduire les émissions de dioxyde de carbone d’un appareil (chauffage, moteur de véhicule, notamment), d’un processus de production, etc. » (Larousse)







